/ carriere

Conjoint d'expatrie

Le texte ci-dessous est tres juste. Il resume superbement ce que beaucoup de conjoints d’expatries vivent en suivant leurs epoux / compagnons dans leurs aventures au bout du monde. Les choix de carriere par defauts, le poids de l’eloignement, la difficulte d’expliquer nos situations et nos choix a certains proches… Tout y est. A lire pour tout expatrie ou aspirant a l’expatriation.

Femmes d’expat

Je suis fatiguée de lire sur certains sites d’expat que les femmes d’expat passent leur temps à boire le café ou faire du shopping. D’une c’est largement extrapolé, de deux, quand bien même, autour du café il reste encore un paquet d’heures dans une jounée. Ensuite parce qu’au travers des données de recherche qui amènent certaines femmes sur ce blog, il y en a quelques unes qui googlelisent : “femme d’expat, comment sortir de la déprime”, “femme d’expat, comment retravailler”, et des “femmes d’expat…” en tous genres.

Il faut du temps, de la patience et de la volonté pour aller de l’avant et se faire à cette nouvelle vie dans laquelle nous sommes arrivées sans plus aucun repères. Il y a d’abord toutes ces étapes obligées : se sentir inutile parce que l’on ne travaille plus, souffrir de l’éloignement familial et amical, s’adapter tout simplement à notre nouvel environnement. Et lorsqu’on y réfléchi un peu, on se dit que ce n’est que la première partie de l’iceberg, car retravailler ensuite, dans le cadre d’un retour en France, ne sera pas chose aisée. Ce n’est pas comme si notre pays ne connaissait pas la crise, pas comme si tous les ans on ne nous rabâchait pas des taux de chômage croissants! Pas comme si les employeurs étaient assez souples pour ne pas penser que, ce n’est pas parce que l’on n’a pas travaillé durant x années, que la qualité de nos compétences et la quantité de nos neurones se sont amenuis au fil des mois.

Alors oui, c’est un choix, oui on l’a bien voulu, donc on ne va pas en plus se plaindre! Sauf qu’on ne se plaint pas; non! On constate; nuance. Ce n’est pas parce qu’on est “conjoint accompagnant”, tel qu’on nous nomme administrativement parlant, qu’on n’a pas emmené notre cerveau dans les 400 kg de malles auxquelles on avait le droit.

Du reste on vit dans une espèce de culpabilité latente, justement parce que l’on sait que nous ne sommes pas à plaindre. Mais aussi parce que décemement, à l’époque où on travaillait on aurait tué pour avoir du temps et que maintenant qu’on l’a, on se sent obligé de le rentabiliser à 100%. Dans le cas contraire, ce serait irrévérencieux de notre part. Et puis parce qu’il y a l’autre, la moitié qu’on a décidé de suivre au bout du monde. Celui qui travaille, lui. Celui qui fait vivre le foyer, vivre l’autre. Celui qui vous “rince”, vulgairement parlant, mais concrètement parlant. Celui sur qui toute la structure financière porte. Celui qui se lève tous les matins pour quelque chose de concret. Celui qui rentre le soir avec les traits fatigués parce que sa charge de travaille vient encore d’augmenter. C’est cette culpabilité là qui nous guette parfois, lorsque toutes ces questions nous envahissent, lorsque l’on pense un peu trop à “chez nous” et qu’un pincement au coeur nous gagne, lorsque l’on se demande à la fin de la semaine, qu’a t-on fait de concret? On se demande où on emmène notre couple, nous, puisqu’on est un peu, beaucoup, complètement, en retrait. Et puis les mois passent, on se construit un nouveau tissu social, on fait des rencontres, on découvre notre nouvelle terre d’accueil, on se trouve des occupations, on commence à se sentir à nouveau épanouie. On arrête de déprimer, de se poser des questions, parce qu’elles ont beau êtres saines, elles ne nous aide pas à avancer. On se dit dans ces moments là qu’on a beaucoup de chance de vivre ce qui nous est donné de vivre aujourd’hui, même s’il y a toujours un “mais”, celui du prix à payer. On ne remplace pas les êtres qu’on aime, on ne compense pas l’éloignement. On se rend compte qu’il y a ceux qui sont toujours là, ceux qui le sont de moins en moins, et ceux qui sont là, alors qu’on ne s’y attendait pas. Il y a ça aussi qu’il ne faut pas oublier, et qu’il faut savoir accepter parce que ça faisait parti du package. Le problème c’est que le package c’est un peu comme un Kinder Surprise, ça a l’air super alléchant, mais on ne sait absolument pas ce que l’on va trouver à l’intérieur, parfois la surprise est pourrie et parfois c’est The Surprise! Quant au fait de ne plus travailler, un matin on se dit qu’il faut arrêter de dramatiser, de remuer le couteau dans la plaie, de pleurer sur le lait renverser,… Bref! On réalise que l’on n’a pas cessé d’exister le jour où nous avons démissionné. Non! Nous avons juste cessé d’exister à travers le regard des autres, pour finalement exister à travers ce qui est bien plus important, le propre regard que l’on porte sur soi-même. In fine, c’est là notre plus gros challenge : savoir être à la hauteur de ce que l’on attend pour nous-même, car pour la première fois de notre vie, ça n’a jamais autant dépendu de nous même.